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Les vêtements en plastique recyclé, une inextricable affaire (de fibres)

Le 04/01/2021

Adoptés par un grand nombre de marques, les textiles à base de PET ou de nylon recyclés sont la tendance des saisons à venir. Une mode eco-responsable qui donne bonne conscience au consommateur mais cache quelques revers.

C’est l’histoire d’une repentance. Celle d’un monde qui produit chaque année plus de 450 millions de tonnes de plastique dont un tiers finit dans les sols et les courants d’eau*. Synthétique, le matériau se dégrade à peine. Mais on peut le repêcher et le réutiliser. Le recyclage est plus que jamais à la mode. A tel point qu’il a gagné les podiums.

Robes d’H&M, vestes de sport chez Patagonia ou Columbia, baskets d’Adidas ou de Puma, cagoules de montagne de Buff… De plus en plus de marques lancent des collections éco-responsables, à base d’anciennes bouteilles en PET transformées en fibres textiles. Ainsi, au lieu de fabriquer de nouvelles matières synthétiques, comme le polyester ou le nylon dont sont faits la plupart de nos vêtements, l’industrie textile récupère les déchets plastiques aux quatre coins du globe et réduit sa production de matériaux issus du pétrole.

Suffisant pour donner bonne conscience aux consommateurs mais insignifiant aux yeux des défenseurs de la nature, qui dénoncent un greenwashing à des fins marketing. Qu’en est-il, en réalité? Le Temps a examiné les vêtements en plastique recyclé sous toutes les coutures pour comprendre si cette mode fait du bien à la planète.

1. La pêche au plastique

Tout commence à la plage. Là où ont atterri la plus grosse partie des quelques 9,2 milliards de tonnes de plastique produites depuis 1950 dans le monde. Une étude américaine a calculé que moins de 10% de ces déchets ont été recyclés, un peu plus incinérés. Le reste continue à s’amonceler dans les décharges et finit dans les océans qui en absorbent 10 millions de tonnes par an. L’équivalent d’un camion de plastique déversé dans l’eau toutes les minutes.

Tout nettoyage est dès lors salvateur. Associées aux spécialistes du recyclage et associations environnementales, les grandes marques multiplient leurs efforts. Un exemple parmi d’autres, Adidas, en partenariat avec l’organisation Parley for the Oceans, a repêché l’année passée 5000 tonnes de plastique marin, dans le cadre d’un objectif plus global: passer à 100% de polyester recyclé en 2024. Aux Etats-Unis, le fabricant de fibres en PET recyclé REPREVE a récemment annoncé avoir dépasser le seuil des 20 milliards de bouteilles plastiques récupérées dans les décharges et sur le littoral. Parmi ses clients, des compagnies internationales – Gap, The North Face, New Balance, – comme de petites entreprises de mode éthique.

En Europe, le projet Seaqual Initiative a déjà permis de transformé 99 tonnes de déchets marins en fibres textiles, utilisées par des fabricants des 46 pays. Des initiatives similaires recourants à l’aide des pêcheurs et des habitants contribuent à nettoyer le littoral et les mers, de la Méditerranée jusqu’en Asie.

2. Une bonne idée…

Une fois récupérées, triées et nettoyées, les bouteilles plastiques sont transformées en fibres textiles. De manière mécanique – en les réduisant en minuscules paillettes pour les refondre en matériaux de moindre qualité, – ou chimique, en décomposant le PET en composants élémentaires pour former un nouveau polymère qui garde ses qualités d’origine. «Un peu comme si on déconstruisait un château LEGO et utilisait les mêmes briques élémentaires pour bâtir un nouveau château», image Remy Buser, cofondateur de la start-up fribourgeoise Bloom Biorenewables, qui cherche des alternatives au plastique.

«Globalement, il est très positif de réintégrer ces matériaux dans la production, cela fait tourner la filière du recyclage et permet de soutenir les microéconomies en associant les communautés locales aux projets», analyse Julien Boucher, directeur du pôle éco-conception suisse EA Environmental Action.

«Dans un monde idéal, on n’utilisera pas de bouteilles en PET et on n’aura pas de déchets plastiques dans la nature, renchérit Laurent Maeder, spécialiste en économie circulaire et co-lead Circular Economy Transition. Mais puisque c’est une réalité, autant récupérer ces matières et les transformer en vêtements plutôt que de les laisser polluer l’environnement.»

3. …qui a ses limites

Pourtant, lors du recyclage, les pertes et l’injection de matière première vierge sont inévitables, même si les procédés actuels sont au point et leur impact environnemental moindre que lors de la production de nouvelles matières synthétiques. «Mais on reste dans la dépendance au pétrole et en fin de compte, on ne fait que repousser l’échéance en rajoutant des cycles de vie supplémentaires pour des produits qui finiront tôt ou tard à la décharge, regrette Remy Buser. A long terme, cela ne résout ni le problème de la pollution ni des émissions carbone.» [Lire +]

Source : Le Temps

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